La Disco Demolition Night !!!

Retour sur Honus sur l’un des plus gros fiascos de l’histoire de la « performance » et de sa rencontre avec le baseball professionnel : la Disco Demolition Night de 1979 !

En 1979, les Chicago White Sox sont l’équipe à la traîne de l’American league : pas de stars, pas de réelle compétitivité, bref une bonne équipe du ventre mou du championnat qui ne captive pas les fans, et ce, à la différence des Cubs, l’autre équipe de Chicago. Heureusement (ou pas), c’est l’excentrique et génial Bill Veeck qui est à la tête des White Sox. Bill Veeck est celui qui possédait les Saint Louis Browns en 1951 et qui a signé le nain Eddie Gaedel pour un match et ainsi soutirer un BB !  Veeck est donc un gars qui sait créer l’évènement.  Pour relancer l’affluence des White Sox, Bill Veeck place son fils Mike Veeck au poste de directeur du marketing.

En 1979, c’est rappelons-le, l’époque du Disco : dérivé du funk, le Disco fait danser les gays de New York puis l’ensemble de la population, du working class au yuppie qui oublie les affres du travail dans la cocaïne lors des nuits sur la piste. C’est le succès planétaire depuis 1977 et la fameuse fièvre du samedi soir des Bee gees, au désespoir d’une large frange Rock qui ne se reconnaît pas, mais alors pas du tout, dans ce courant musical qui envahit les radios.

Les White Sox avaient bien organisé un concours de disco en 1977, et avaient eu la bonne surprise de constater une affluence supplémentaire de 5000 fans au Comiskey Park.

Mais en 1979, Mike Veeck est bien plus tendu et a des idées aussi rapido que les prises de Coke. Lors d’une soirée bien arrosée dans un pub, il se dit que le bon coup serait d’organiser une soirée « contre le disco », qui pourrait rameuter tous les mécontents !! Veeck reconnaîtra plus tard que ce n’était pas la meilleure idée qu’il ait eue…

Au printemps 1979, Steve Dahl (en photo) l’un des DJ stars de la radio WDAI se fait virer par la radio qui ne souhaite passer plus que de la disco ! Rocker crétin dans l’âme, Steve Dahl claque la porte et se fait engager par la radio concurrente WLUP. Il lance illico une campagne « le Disco ça craint !! » (« Disco Sucks » en VO, comme dirait Cartman). Un brin barjo, Dahl organise une véritable croisade contre le Disco, cette musique qui est une véritable maladie !! Et là, les grands esprits se rencontrent, Mike Veeck et Steve Dahl décident de s’allier pour organiser une fête anti disco au Comiskey Park : ce sera la « Disco Demolition night ». Le but : détruire des disques de Disco et créer l’évènement lors de la double confrontation (« doubleheader »)  White sox / Tigers le 12 juillet 1979 !

Le principe de la soirée est assez con : en échange d’un disque disco, qui sera détruit à l’entracte entre les deux matchs, le fan n’aura plus qu’à débourser 98 cents sa place (98 comme la fréquence de WLUP la nouvelle radio de Dahl) ! L’ensemble des disques doit être rassemblé dans un large container placé au champ centre, et Steve Dahl y mettra le feu : un gigantesque feu d’artifice doit accompagner la démolition des disques qui doit marquer la fin du disco : il y a bel et bien un abus de coke à tous les étages.

L’organisation attendait 10 000 fans de plus : elle va voir tous ses attentes remplies ! Aux alentours du stade, c’est finalement pas moins de 30 000 personnes qui souhaitent rentrer, attirés par l’évènement, mais tous les billets sont déjà vendus !

Harry Caray, journaliste télé à l’ancienne armé de grandes lunettes fifties déclare à l’antenne : « il y a pas mal de gens assez bizarres dans les tribunes ! ». Les « nouveaux » fans ne souhaitent en réalité pas voir le match, ils veulent seulement participer à la fête !! Ceux-ci s’amusent à lancer durant le premier match les disques qui volent tel des frisbee sur la pelouse pour atteindre le champ centre. Les joueurs flippent un peu…

Dès la fin du premier game, Steve Dahl lance avec le micro le « Disco Sucks » qui est repris par tous les fans du Comiskey !! La chaîne TV qui retransmet le match se sent obligé de couper le son : l’ambiance vire au trop trash. C’est le grand n’importe quoi. Les news fans balancent tout ce qu’ils ont sous la main sur la pelouse : disques, verre de bières, tee shirt.

Steve Dahl descend habillé comme un soldat et court vers le champ centre ; tel un Jack Black, il gueule « Party », et remercie la foule en délire. « C’est la fin du disco !! ». Une presse écrase les disques tandis que les feux d’artifices partent dans tous les sens. Des disques volent de partout ! Le rock n roll a vaincu le diable disco ! Pour certains, comme Dahl, c’est « le plus grand moment de l’histoire de la radio ! ».

Si les fans de rock sont heureux, l’ambiance part grave en sucette avec l’invasion des fans au champ droit. La sécurité débordée a laissé passer la population qui se jette sur la pelouse et l’envahit. Personne n’arrive à expliquer ce qu’il se passe : la sécurité est totalement débordée et c’est prés de 10000 personnes qui vont squatter le terrain en quelques minutes. Les anti discos tel des hippies 10 ans plus tôt s’installent sur l’herbe. Certains volent les bases, comme lors d’une fin de World Series ! Le tout se passe devant un Sparky Anderson, coach de Detroit et prototype du Coach old School, bien désolé devant cette bande de jeunes fêtards « qui tournent à autre chose qu’à la bière ». 

Bill Veeck tente d’en appeler au calme et demande aux fans de quitter le terrain. Bien évidemment sans aucun succès. L’organiste du stade lance un « Backs to your seats », mais les envahisseurs reprennent en retour de plus belle le « Disco sucks ». Plus personne ne contrôle plus personne.  Au bout de 35 minutes, la police de Chicago donne la charge à l’intérieur du Comiskey et arrête des fans défoncés à l’herbe mais pas agressifs pour un sou. Le second match ne sera jamais joué.
Le lendemain, vu l’état de la pelouse, l’arbitre Dave Philips déclare les White Sox forfaits pour le second game.

Au niveau baseball, la Demolition Disco Night est un véritable fiasco. La pelouse est en vrac, surtout le champ droit. La fin de saison sera aussi pourrie, avec en plus un terrain dur à jouer. Lance Parish, catcher des Sox expliqua aux médias qu’on a pas besoin de fans comme ceux-là pour remplir le stade et  demeurait vert de rage de perdre deux matchs en n’en ayant joué qu’un.

Mike Veeck a bel et bien été black listé par la MLB, qui le considère comme un gars bien trop dangereux. Mike Veeck le sait bien « Je crois qu’on a été victime de notre succès : des fois, les choses marchent trop bien ». « Au moment où j’ai vu des gars sauter du champ droit pour envahir le terrain, j’ai su que j’étais foutu ». Le lendemain, les journaux de Chicago n’hésitent pas à titrer « Horreur au Comiskey ». Mike dût même s’excuser auprès du leader de KC and The Sunshine band, pour la portée soi-disant discriminatoire de son acte…

Les USA ne sont pas si rock’ n’ roll que ça. Au moins, tout le monde à Chicago se rappelle de la soirée.

25 ans plus tard, un DVD existe et retrace cette soirée bordélique.

 

BHONUS :

Le site du DVD Officiel

Des images video de la soirée


 

 

 

7 commentaires à “La Disco Demolition Night !!!”

  1. [...] bien connu pour les coups publicitaires (voir notamment l’épisode de la disco demolition night, ou des tenues des White sox) . Paige a répondu sur le terrain aux critiques en affichant une [...]

  2. francovanslyke dit :

    Enfin l’équipe honusienne a récupéré le DVD en zone 1 : des images assez marquantes d’un « bordel » sur un terrain comme on n’en voit rarement. Steve Dahl explique bien ce qui s’est passé. Une fois l’explosion des disques de disco laissé dans la benne, Steve Dahl fait le tour du stade et quitte le stade sous les cris de la foule. L’erreur vient alors des services de sécurité qui sous la pression de la foule dans les couloirs du stade, soit tous ceux qui sont venus voir l’évènement, les laisse rentrer sur le terrain. C’est la fin ! ils ne pourront plus rien contrôler. Les cages de batting sont pillées, le gazon est arraché notamment, des feux sont démarrés à droite et à gauche, beaucoup d’herbe est fumée…. sinon l’anecdote marrante, c’est que au moment où la direction est fatiguée de la situation, elle appelle la police de Chicago en renfort. A peine en 5 minutes, avant qu’elle arrive, tout le monde disparait du terrain. Selon les paroles de Steve Dahl, la police de chicago est assez craint…

  3. francovanslyke dit :

    Le plus drôle c’est que aujourd’hui, bien loin de tout ça, le Yankee stadium passe souvent comme musique dans le stade le morceau YMCA de Village People.

    C’est vrai que la réaction de Steve Dahl, réaction à la base de rocker outragé par le disco, a trouvé de l’écho chez pas mal de rednecks.

    Bonus tracks : quelques images de trés bonne qualité de la disco demolition night dans cet interview de Steve dahl 25 ans plus tard : c’était bien le bordel !
    http://www.youtube.com/watch?v=8a_hBR9YuNw

  4. Fred dit :

    C’est quand même le jour de la honte pour les Etats-Unis ce jour. Mais il ne faut pas oublier que c’est aussi le jour de la revanche pour des tas de beaufs avinés contre les noirs, les femmes et les gays qui avaient pris une place prépondérante. Ce que ce crétin de Steve Dahl n’avait pas compris c’est que le disco certes sous la forme sous laquelle il existait est sans doute mort mais il s’est réincarné sous de multiples formes : house, deep-house, acid-house, techno, etc. Disco never dies donc…

  5. Fishiguchi dit :

    Honus touch, mec !

  6. sebbasque1 dit :

    J’avais un reportage traitant de cet évenement sur Arte.

    Bonne idée d’en parler sur Honus.

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