Les derniers jours des Senators

Après la disco demolition night et la 10 cent beer night, Retour et fin de notre série sur Honus sur les matchs « rock n roll » de la MLB, les « riot games », cette fois-ci, c’est à Washington en septembre 1971.

Washington n’a réellement jamais connu de grandes équipes de baseball, et les franchises qui s’y sont succedées n’ont jamais attiré de joueurs exceptionnels, hormis bien évidemment le hall of famer Walter Johnson dans les années 20. Washington n’est pas non plus une terre de baseball qui a un public de fans acharnés. Aujourd’hui encore, on peut constater que les Nationals font pale figure dans un stade toujours vide et peut être que Ryan Zimmerman pourra changer quelque chose dans l’avenir. En tout cas, Washington n’a jamais rien gagné.

Retour sur la saison 1971, qui va finalement s’avérer la dernière saison pour les Senators de Washington. Le début de la saison 1971 s’annonçait pourtant intéressante pour les habitants de la capitale.

En 1969, les Senators avaient signé une fiche de 86-76, était 4eme de la division est de l’American League. Ils ont pour coach Ted Williams, que le propriétaire Bob Short a tiré de sa retraite pour s’occuper de l’équipe en 1969, et peuvent compter dans leur rang l’un des gros power de l’époque Frank Howard dit « Hondo », un golgoth avec des lunettes énormes et des bras de déménageur et le chouchou de tout Washington.

L’équipe a du talent avec Dick Bosman, jeune lanceur et meilleur ERA en 1969, et des bons frappeurs avec notamment Mike Epstein en 1e base et Ken Mc Mullen en 3e base. L’équipe est jeune et talentueuse et elle a besoin d’un peu de temps pour devenir véritablement compétitive.

Washington va faire néanmoins des erreurs dans son mercato en 1971 et va échanger deux de ses infielders Aurelio Rodriguez et Eddie Brinkman et le lanceur Joe Coleman contre le lanceur confirmé Denny Mc Lain. Mc Lain avait quand même gagné 30 matchs en 1968 (plus personne n’y est arrivé depuis) sous les couleurs de Detroit mais avait été suspendu l’année 1970 par la MLB pour diverses raisons (magouilles, jeu, carrière de musicien…). Les Senators pariaient en son retour en forme pour 1971 mais ce deal va s’avérer une véritable erreur de la direction, Denny Mc Lain se blessant et démontrant que son meilleur était déjà derrière lui. McLain finira sa seule saison pour Washington avec une fiche de 10-22.

Malgré les promesses, la mayonnaise donc ne prend pas pour les Senators durant l’année 1971, et même Hondo commence à cogner moins fort la balle.

Surtout, pour Bob Short, le propriétaire de la franchise, le public ne se décide toujours pas à venir au RFK Stadium. Pour le businessman, l’affluence, il n’y a que ça qui compte, et qu’importe le potentiel sportif, Bob Short va secouer la franchise en annonçant assez brusquement le départ vers d’autres cieux. Le propriétaire de la franchise Bob Short en a assez, et décide de faire déménager la franchise ailleurs qu’à DC, dans des terres plus propices à trouver un public et un nouvel élan sportif et commercial.

En plein été 1971 la permission est demandée à l’American League de trouver une autre ville, et l’accord est rapidement obtenu mi septembre. Au moment de l’annonce de la nouvelle le 21 septembre, les quelques fans des Senators sont choqués : les Senators n’existeront plus dans 15 jours et la franchise va déménager vers Texas !

Au niveau des joueurs, peu emballés par l’ambiance de DC, ce n’est pas très grave, hormis pour Frank Hondo qui ne veut pas de ce transfert.  Howard annonce clairement sa position aux medias de l’époque : il ne veut pas aller jouer au Texas, Washington est sa ville et doit le demeurer. « Texas mérite peut être une équipe mais je ne veux pas que ce soit la mienne ».

L’ambiance s’annonce donc tendue en cette fin de saison 1971. Le 30 septembre 1971, les Senators vont jouer leur dernier match à domicile contre les New York Yankees. La direction est conspuée et Bob Short est considéré comme un traître par les quelques fans des Senators. La direction a demandé quand même le renfort de la police dans le stade, au cas où. Ce 30 septembre, 14 600 fans sont venus pour dire au revoir à leurs joueurs.

Certains ont affiché des bannières de vrais ultras de foot “Bob Short Stinks”, soit “Bob Short pue”, banderole de plus de 10 mètres en verticale dans l’outfield. La sécurité tente de faire retirer la bannière mais les fans sont tendus et conspuent d’autant plus le proprio félon. Bob Short quitte le stade, craignant pour sa sécurité. 

Le match va finalement se dérouler. Les Yankees prennent l’avantage avec des HR de Rusty Torres, Bobby Murcer et Roy White tel qu’en 6e manche, les Yankees mènent 5-1. Frank Howard passe au bâton en 6e et affronte le gaucher Mike Kekich. Frank Howard est surnommé « The Capitol Punisher » : il punit toutes les fastballs qui viennent vers lui. Kekich lance pourtant sur lui que des rapides. Le catcher des Yankees Thurman Manson ne commande aucune courbe à son pitcher, persuadé que le vieux power ne pourra la claquer. Manson se trompe lourdement et Hondo cogne un énorme HR au champ gauche. C’est son 26e HR de la saison, et un moment unique pour Hondo. Il embrasse la foule au passage et se met à pleurer lorsqu’il rentre dans les dugouts. « C’est la plus grande émotion que j’ai jamais eu, et tout le reste que j’ai fais dans ma carrière n’est rien à côté. J’ai frappé aussi un HR en World Series mais ce n’était rien à coté de celui-ci. Je m’en souviendrai jusqu’à ma mort », déclare encore aujourd’hui Hondo.

Les Senators marquent en tout 4 points en 6e manche et reviennent au score 5-5.
En 8e manche, Dave Nelson et Tom Ragland marquent sur des erreurs des Yankees et les Senators prennent finalement l’avantage 7-5 sur les Yankees.

En 9e manche, Joe Grzenda pour Washington retire les deux premiers frappeurs. Les Senators sont prêts de la victoire. Horace Clarcke marche pour aller au bâton, mais il n’y arrivera jamais. La palissade s’écroule et des milliers de fans de Washington envahissent le terrain. Ils prennent les bases, s’emparent du terrain et volent la terre du RFK Stadium. Lorsque la 1e base est volée, l’arbitre désolé n’a plus qu’un choix : il déclare forfait les Senators et les Yankees vont finalement gagner le match 9-0 !

Selon certains témoignages, les fans ont cru qu’il y avait en réalité 3 outs et ils se sont précipités comme des dingos sur le terrain. Hondo du banc comme le reste de l’équipe avait bien capté l’ambiance et n’a pas été étonné de l’irruption sauvage des fans sur le terrain. « On l’a vu arriver, c’est normal, c’était un moment où il y avait beaucoup d’émotion et de frustation, nous n’avions pas beaucoup de fans, mais ceux que l’on avait, ils étaient vraiment à fond, et ils étaient tant écoeurés par notre départ ».

Les Senators sont donc partis vers le Texas et sont devenus les Texas Rangers en 1972. Hondo n’a pas suivi la franchise et a signé pour les Padres. Bob Short est demeuré l’homme le plus impopulaire à Washington jusqu’au jour de sa mort en 1982.

BHONUS :

Anecdote amusante, un seul joueur a eu la chance de participer aux 3 « riot games » : Rusty Torres, outfielder, qui était rookie pour les Yankees en 1971, il a joué avec les Cleveland Indians le jour de la 10 cent beer night en 1974, et enfin était le champ droit des Tigers lors de la Disco demolition night en 1977. Rusty Torres, tu serais pas un chat noir ? Ah tu as été condamné depuis pour abus sexuels……

 

 

4 commentaires à “Les derniers jours des Senators”

  1. francovanslyke dit :

    un film sur washington et son histoire de baseball à voir, et en plus c’est gratos

    http://www.snagfilms.com/films/title/the_game_comes_home

  2. [...] toit du champ gauche du stade de Detroit (les 3 autres dans l’histoire sont Harmon Killebrew, Frank Howard, Mc Gwire), et il est le seul à l’avoir sorti du stade de Milwaukee [...]

  3. gwyn dit :

    Y’en a même eu un en France ! Un Cergy-Nice lors du championnat « Elite » en 98. Sauf que dans ce cas, ce sont les joueurs qui sont montés dans le « public » pour se battre …

  4. laHuppe dit :

    Comment ça c’est la fin des « riot games » ?! Mais non, mais non il y en sûrement d’autres Mec !

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