Josh Gibson le « babe ruth noir »

C‘est la rediffusion sur une chaine française de l’excellent téléfilm de 1996 "Soul of the game" sorti chez HBO (et exploité sous divers titres en France, "La  couleur dans la peau" ou "Une équipe rebelle" en Dvd) qui m’a donné l’envie de vous conter un des plus grands regrets de l’histoire du baseball, ou des plus grandes injustices selon certains.

Chaque fan qui aime et s’intéresse à ce jeu devrait connaitre le nom Josh Gibson qui est mort en 1947, l’année où Jackie Robinson cassa la barrière de couleur en devenant le premier joueur noir dans les ligues majeures. Gibson était juste un mois au-delà de son 36ème anniversaire quand il est mort. On lui avait diagnostiqué une tumeur au cerveau pour laquelle il avait refusé le traitement. C’était cette tumeur du cerveau qui aurait déclenché une attaque cardiaque. N’eut été de sa maladie, il aurait pu au moins terminer sa carrière dans les ligues majeures, comme l’ont fait Satchel Paige, Larry Doby, Roy Campanella et quelques autres. Son ami et ancien coéquipier Jimmy Crutchfield disait souvent que Gibson était mort le cœur brisé de n’avoir jamais pu jouer dans les ligues majeures des blancs. Un AVC causé par Branch Rickey propriétaire des Broklyn Dodgers, qui choisit Robinson, un jeune joueur n’ayant rien prouvé à la place de Gibson, qui en ce temps là était le plus grand joueur évoluant dans les ligues Noires.

On disait de Josh Gibson qu’il était le « Babe Ruth noir » mais bien des gens de l’époque appelaient Babe Ruth le « Josh Gibson blanc ». Avec Oscar Charleston, Cool Papa Bell, Pop Lloyd, Louis Santop et Mule Suttles, Gibson a été parmi les meilleurs joueurs noirs à ne jamais jouer dans les ligues majeures à cause de la ségrégation. Le légendaire homme de baseball Bill Veeck ainsi que son coéquipier chez les Pittsburgh Crawfords, Satchel Paige, disaient qu’ils n’avaient jamais vu un meilleur frappeur que lui.

Satchel Paige et Josh Gibson

Gibson a souvent été considéré comme le Babe Ruth Noir pour sa capacité à frapper la longue balle à de longues distances et à frapper pour des moyennes incroyablement hautes."He hits the ball a mile," disait de lui le Hall of Famer Walter Johnson, lanceur des Washington Senators qui gagna 416 matchs en carrière.

Frapper des Homeruns à plus de 500 pieds (150m) était une chose assez courante pour Gibson. Ses longs circuits étaient légendaires. On raconte qu’il est venu tout près de sortir une balle du Yankee Stadium en 1930, une claque de 580 pieds (176 mètres). Ironie du sort dans le Yankee Stadim surnommé pourtant « La maison que Ruth a construite » (" The house that Ruth built").

Malgré l’absence de statistiques complètes (les équipes des Negro Leagues les compilaient de façon irrégulière), le Hall of Fame Baseball estime que Josh Gibson a maintenu une moyenne en carrière de .359 et frappé près de 800 circuits. Durant la seule saison de 1933, il en aurait frappé 84 en moins de 140 matchs.

En comparaison Babe Ruth a frappé 714 circuits en carrière avec une moyenne de 342 et le 1er joueur à frapper 200 coups de circuits (si on oublie Josh Gibson bien sûr).

L’histoire oublie sans doute aussi que Gibson aurait pu frapper bien plus de circuits n’eut été du fait qu’il jouait souvent sur des terrains sans clôtures face à des des champs extèrieurs qui se plaçaient parfois à près de 120 mètres du marbre.

Au-delà de ses performances sportives, c’est son influence sur l’histoire de ce jeu en ouvrant l’ère des longues balles qui sauve le baseball du marasme après le scandale des Black Sox en 1919 qui explique l’aura de George Herman Ruth par rapport à Josh Gibson. La personnalité de Ruth et les écrits de certains auteurs donnent également naissance, dès les années 1930, à la « légende Babe Ruth ».

Mais qu’en aurait été t-il si Josh Gibson avait vécu à une autre époque, il aurait sans doute frappé plus de 500 circuits en carrière dans les ligues majeures, plus que tout autre receveur de l’histoire.

Josh Gibson est la couverture de "We Are the ship" de Kadir Nelson

Avec ses longs coups de circuit tenant du prodige, l’homme fort aux bras courts et aux épaules massives qui était un des cogneurs les plus craints de sa génération fut reconnu à sa juste valeur par ses pairs en entrant au Hall Of Fame en 1972 (seulement) malgré le fait qu’il n’ait jamais évolué en MLB. Mais sans ses records au contraire de Babe Ruth qui rejoignit le temple de la Renommée dés son ouverture en 1936 (Sur les 194 records établis pendant sa carrière, 53 tiennent toujours).

Quel dommage que Josh Gibson n’ait pu se mesurer aux meilleurs joueurs de baseball de son époque de façon régulière sous peine d’inciter autant d’admiration que le grand Bambino lui-même.

"The black Babe Ruth" est classé 18e meilleur joueur de l’histoire du baseball par "The Sporting News" en 2000 alors que "The Bambino" Ruth est placé 1er de sa liste des 100 meilleurs joueurs de tous les temps depuis 1998.

Comme dit l’adage "On ne regrette que ce que l’on aime".

 

Bhonus :

A voir, le film en VO the soul of the Game

 

 

6 commentaires à “Josh Gibson le « babe ruth noir »”

  1. francovanslyke dit :

    Trés bon téléfilm trés soigné avec de super acteurs! Yann a bien raison. L’hypothèse du film est que Branch Rickey aurait préféré recruter Jackie Robinson parce qu’il présentait bien (ex lieutenant de l’armée et un gars avec la tête sur les épaules) plutôt que Josh Gibson qui de par ses problèmes psychiatriques (qui souffrait de crise de démence?) aurait pu poser encore plus de problèmes à une intégration dans une équipe blanche. Je ne savais pas que Josh Gibson était atteint de démence. Un film a voir !

  2. Ben#7 dit :

    Très bel article merci de ressortir ces vieilles histoires de baseball, j ai beaucoup de plaisir à lire ce blog.
    Benji

  3. Gaétan dit :

    Le fil « Soul of the game » retranscrit bien l’amertume de Gibson et Paige de ne pouvoir jouer en Major League, surtout quand Robinson est engagé.

    C’est une totale injustice. Hélas, combien d’autres grands joueurs issus d’autres nations ou ethnies (amérindiens, sud américains, asiatiques… voir avec les femmes comme Lizzie Murphy) sont les oubliés du jeu là où ils auraient pu être les stars et autres Hall of Famer ?

    Bel article !

  4. francovanslyke dit :

    Ce gars est le « secret » du baseball hélas et le plus grand gâchis de l’histoire du baseball pro. Quand John McGraw est décédé, on a retrouvé une lettre de sa part qui listait les joueurs des negro leagues qu’il aurait fait jouer s’il n’y avait pas eu l’interdiction des noirs, le fameux gentlemen’s agreement : en tete de liste, Josh Gibson !

  5. Beru dit :

    Fier de ma derniere acquisition (« The Little Red Book of Baseball Wisdom »), un livre de citations de baseball, je ne peux m’empecher de vous recopier celles de Josh Gibson et celles le concernant.

    If they ever let him play in a small place like Ebbets Field or old Fenway Park, Josh Gibson would have forced baseball to rewrite the rules. He was, at the minimum, two Yogi Berras.

    - Team owner Bill Veeck

    A homer a day will boost my pay.

    - Negro League legend Josh Gibson

    You look for his weakness and while you’re looking for it, he’s liable to hit forty-five home runs.

    - Pitcher Satchel Paige on Josh Gibson

    I was a pudgy kid. That [catcher's position] was the only place for me to play.

    - All-time great Josh Gibson

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