Interview Carrière Jamel Boutagra

Jamel Boutagra, c’est un peu le grand joueur de l’histoire du baseball Français et l’un de ses meilleurs techniciens. Avec l’équipe de France, Il a été l’un des pilliers de l’équipe de France, participant à tous les grands évènements du baseball mondial (notamment une coupe du monde 2003 où il avait été phénoménal). Ayant appris auprès des plus grands, il est l’un des plus solides frappeurs que les Bleus ont pu avoir pendant plus de 10 ans et il a été un vrai globe trotter du baseball durant toute sa carrière. Il jouait tout récemment le challenge Midi Pyrénées avec les Capitouls, équipe de vétérans de la région toulousaine. C’était une belle occasion de l’interviewer, un peu après la remise de la coupe que les Capitouls ont bien évidemment remporté…

FVS : Jamel, tu es un véritable monument du baseball français, mais on ne connait pas exactement tous les clubs dans lesquels tu es passé. Pourrais tu nous rappeler tout ça ?

Jamel Boutagra : J’ai commencé à Thiais. Après je suis parti au Creps de Montpellier, j’ai fait une année en première division avec le Creps. Après ça, je suis allé au Puc de 1992 à 1995, après j’ai fais Savigny jusqu’en 1998, puis je suis allé à Toulouse pendant 12 ans, puis un tout petit séjour à Montigny, puis je suis revenu à Toulouse.

Jamel période Tigers de Toulouse

FVS : Qu’est ce que tu fais maintenant ?

Jamel : Maintenant, je travaille pour des laboratoires para pharmaceutiques, bref j’ai un autre boulot.

FVS : Tu as quitté le monde du baseball ?

Jamel : Voilà, J’ai quitté tout ce qui est compétition, les clubs mais j’ai crée une association en espérant pouvoir avoir des projets pour les plus jeunes.J’ai plusieurs projets et tout dépendra des fonds que je pourrai soulever. Donc j’aimerai bien me servir des joueurs étrangers parce que je sais qu’à Sénart notamment il y a des joueurs de qualité qui jouent en première ligue cubaine, même des étoiles (comme Roland Merino ) , et on s’en est pas vraiment servi. Ca concernerait pas seulement les jeunes de leur club, mais faire venir aussi les jeunes qui sont autour, et faire deux, trois entrainements de plus (qu’ils soient lanceurs, catcher peu importe) pour qu’ils puissent profiter des joueurs d’expérience et avoir des entrainements réguliers sur toute la saison. Cette association se nomme "Challenge Yoshida".

FVS : Tu as eu un gros parcours avec les Bleus ? Quel est ton meilleur souvenir avec l’Equipe de France ?

Jamel : J’en ai plusieurs. Il y a la qualification au championnat du monde en 1994 contre l’Afrique du Sud à Paris. C’était magnifique. Ca se jouait en 2 matchs gagnants et on a fait ça en 3 matchs. On gagne le premier à la dernière manche d’un point, on perd le deuxième de la même façon et on gagne le troisième de la même façon. Trois matchs hyper serrés, tendus…. Enfin bref, quand tu perds ce type de match, tu te manges les doigts, mais quand tu gagnes, c’était vraiment top et on a passé pas mal de temps à célébrer ça. Après les championnats d’Europe en 1999, c’est la médaille de bronze et la  première médaille pour les français. Toujours pareil, il y a eu aussi un gros travail d’équipe ;  on avait butté contre les équipes fortes comme l’Italie mais toutes celles qui étaient à notre niveau et même celles qui nous battaient avant, comme l’Espagne, ben on les a tous battus…. tout était dessiné du début à la fin. On était à notre meilleur niveau. Et puis, c’est aussi un ensemble de souvenirs. Il y a eu aussi les Hanshin Tigers…. Toutes les rencontres… c’est vraiment beaucoup de grands souvenirs. Deux ponctuels et un d’ensemble.

Stade Pershing -12 15 mai 1994 Match de barrage contre l’Afrique du Sud

FVS : Que penses tu de l’équipe de France d’aujourd’hui, avec Eric Gagné ?

Jamel : Ils ont de la chance. ils ont un bon programme de préparation. Eric Gagné, on le connait tous. Il apporte tout son historique et son expérience, il porte les joueurs. Concernant les joueurs, je pense qu’il y a quand même un niveau individuel supérieur par rapport à l’époque où je jouais mais nous on jouait peut être plus ensemble. On avait quelques talents quand même mais on avait pas forcément le même niveau technique. Après, ils n’ont pas eu la chance qu’on a eu, on a joué 5-6 ans ensemble pour se préparer, et on savait où on allait. Aujourd’hui, d’une année à l’autre, il y en a qui lâchent l’affaire et c’est dommage, il y a beaucoup de talents…. Les jeunes ont beaucoup de talents et avec le programme qu’on a eu, ils seraient allés trés loin.

FVS : Tu as rencontré Yoshio Yoshida au Puc que tu considères comme ton père spirituel. Comment ça s’est passé cette rencontre et pourquoi une telle accroche ?

Jamel : En fait, la première fois que je l’ai croisé, il connaissait le baseball français depuis quelques années. Moi, J’étais un petit jeune à l’époque avec la houpette, j’avais 16 ans. Il a vu ce qu’il pouvait faire de moi.  Il a aimé mon état d’esprit.  C’est vrai qu’on a accroché tout de suite. Il y avait beaucoup de respect. Il nous a accueilli tout de suite. Il était bienveillant,  il s’intéressait à nous, il nous posait des questions. Nous on voyait pas loin, on était des gamins, mais lui, il avait plus de recul, il voyait loin. Je pense qu’il prévoyait tout ce qui s’est passé après. Chaque fois que j’avais besoin de quelque chose, j’allais lui demander, j’hésitais pas une seconde. Ca lui plaisait et c’est vrai que ça mettait en confiance. Lors de la coupe intercontinentale en 1993, ma première grande compétition internationale, et j’étais tendu. Tu joues les italiens chez eux devant 5000 personnes…. et puis voilà, Il a trouvé les mots pour que ça aille mieux.

Avec Yoshida

FVS : Comment te retrouves tu à aller t’entrainer avec les Hanshin Tigers ?

Jamel : C’est après toutes ces années. Yoshida a bien vu tout le travail. Je m’entrainais pendant les vacances avec Arnaud (Fau), David (Meurant)… on s’entrainait l’été tous les jours. Yoshida restait en France. Il a vu la progression et Il m’a vu grandir de 16 à 21 ans. Il a vu que j’avais du potentiel. Il y a eu un match à Paris contre des japonais, une équipe composée des meilleurs lycéens draftés. On a fait deux matchs. Le premier, j’avais pas été terrible mais le deuxième, j’avais frappé un 4-4 dont un Home Run, il y avait même la télé japonaise… et là, je pense qu’il s’est dit "c’est le cap". J’avais 19 ans. J’étais face à des jeunes prospects du japon et il a du se dire : Il a pas peur, il sort la balle, il a un bon bras, et il est assez athlétique. En plus, il a de la personnalité, il a aimé ma personnalité. Je pense pas que j’étais le seul à avoir ces qualités mais il a du voir que j’en voulais. J’étais accrocheur et puis j’étais trés respectueux et ça a dû lui plaire.

FVS : Tu n’as pas eu le projet de tenter le baseball indépendant Japonais comme Arnaud Fau ?

Jamel : Arnaud Fau, il a tout lancé. Oui, ça a été le projet en 1996, j’y suis allé, c’est l’année où Arnaud Fau a signé avec Miki House. Avec Yoshida, on avait fait des try outs avec 3-4 équipes pour me présenter. Mais j’étais un peu tendu, j’avais peur de mal faire et ça ne l’a pas fait. L’année d’après en 1997, Arnaud Fau a resigné. En 1997-98, je suis resté là-bas, et en 1998 il m’a dit "je vais te donner ta chance" mais j’avais déjà prévu de partir en ligue indépendante aux Etats-Unis à Reno. J’en avais parlé à Yoshida. Il comprenait, et je ne pouvais revenir sur ma décision par rapport aux gens qui m’avaient organisé le contact ( NDLR le manager de l’équipe de France de l’époque), je suis allé à Reno, j’ai fait mon truc puis je suis revenu. Avec le recul , tu sais….. on était pas encadré ; aujourd’hui avec le recul, j’aurai fait autre chose, j’aurai abandonné l’idée de Reno et j’aurai tout fait pour signer avec cette équipe si ça avait été possible.

FVS : On le voit souvent avec le recul, mais la qualité qui manquait à cette équipe de France, c’était quoi d’après toi ?

Jamel : Comparé avec ce qu’ils ont aujourd’hui, c’est vrai qu’on avait pas d’internet, pas accès à tout ça. Aujourd’hui, un gamin motivé, il va sur les sites, il peut apprendre des trucs, voir des vidéos, il y a les matchs sur MLB. com, il y a des coachs MLB qui sont envoyés en Europe, il y a le camp d’entrainement en Italie avec les meilleurs jeunes européens… ils ont tout ça, et nous, on ne l’avait pas. Les choses vont beaucoup plus vite aujourd’hui pour eux. On avait des coachs qui étaient pas expérimentés, et on avait pas assez de recul, il y a avait beaucoup d’instinct, du talent…

FVS : Des talents naturels finalement en EDF ?

Jamel :  Oui, on a appris par-ci par-là avec les coachs qu’on a eu….c’est ce qui nous a manqué et Yoshida nous a beaucoup aidé. Il nous a mené vers une autre dimension.

FVS : Tu t’es donc entraîné pas mal de fois avec les Hanshin Tigers ?

Jamel : 2 fois en tant que joueur et 3 fois en tant que coach.

FVS : Alors le niveau des joueurs professionnels, c’était vraiment un cran au-dessus ?

Jamel : Par rapport au talent, sur le plan du bras, des vitesses de courses, la frappe, on pouvait se situer au même niveau. C’était pas quelque chose de flagrant. Parce que je lançais Home Seconde en 1 ‘ 90, et c’est la moyenne des (catcheurs) pros. Je pouvais sortir la balle, j’avais ce potentiel là. Mais j’avais beaucoup moins d’expérience qu’eux, ils avaient déjà les années de lycées… moi j’ai commencé à avoir de l’expérience avec l’Italie. Cette expérience manque. Mais j’étais loin d’être ridicule. Après on se donnait vraiment, parce que c’était dur.

FVS : Tu as appris la discipline là-bas ?

Jamel  : Oui, j’ai appris la discipline, à me dépasser, à dépasser mes limites.  Quand tu as quelqu’un qui est devant toi qui court plus vite, tu te rends compte que t’es moins rapide que lui. C’est vrai en France, une fois qu’on était installé en EDF, il y avait moins de concurrence, même si on en faisait pas moins pour autant. Mais là-bas, il y avait tous les jours des joueurs qui étaient devant, qui étaient plus forts. Ca nous a boosté. On s’entrainait dur, ils ont apprécié. On a rien laissé de côté. On a eu les mains en sang, il savaient que c’était dur pour nous, qu’on était pas habitué, mais on rechignait pas, on faisait tout comme eux. Sam, Max,  Fabien Proust, on a tout fait.

FVS : René Leveret et Fred Hanvi qui tentent le camp d’entrainement des Hanshin Tigers, tu en penses quoi  ?

Jamel : C’est magnifique. C’est un truc que j’ai mis en place. Quand je suis rentré à la fédération, j’ai pu rétablir ce lien avec le Japon. Moi je suis retourné en tant que coach, et on a pu envoyer des joueurs, en novembre 2011, Pierrick (Lemestre) de Savigny et Mathieu (Belle Andrade) de Senart en tant que lanceurs. L’objectif c’est de renouveler ce contact et faire surtout quelque chose de solide. Ce n’est pas un truc d’amateur qu’il fallait mettre en place. Eux , ce ne sont pas des amateurs.  il faut que ce soit un truc solide et sérieux. Et ça c’est bien. Je suis content pour eux.

Jamel avec Pierrick Lemestre et Mathieu Belle Andrade en Novembre 2011 à Osaka

Rene Leveret, je ne le connais pas personnellement mais il a du talent, c’est certain. Il a joué au canada en ligue indépendante. C’est une occasion de le mettre au milieu d’autres pros. Ici, il est quand même au-dessus du lot mais là-bas, il va se retrouver au milieu d’autres joueurs de son calibre. Beaucoup de gars là bas frappent des cacahouètes et ils sont pas forcément super costauds.  Il va avoir une chance qu’il puisse montrer son talent.

Fred, il le mérite vraiment, il a rien lâché. C’est un super gamin, il a tout ce qu’il faut. C’est un athlète,  il travaille dur, il respecte vraiment, il est très facile à coacher. Il se la pète pas. Il mérite ça. Un jour, il aura le déclic pour passer au niveau supérieur, être hyper constant ; il a quand même frappé 10 bombes, 10 Home Runs à ce niveau là ! S’il était un peu plus constant, il pourrait être un bon frappeur 3, il peux frapper pour la moyenne et la puissance. Il va atteindre le meilleur niveau qu’il aurait jamais pu atteindre et il va pouvoir montrer ce qu’il vaut vraiment. On verra…. "

FVS : Merci Jamel pour ta gentillesse.

Jamel : Je t’en prie.

Interview réalisé le 2 novembre 2014 sur le terrain de Leguevin – Challenge Midi Pyrénées

 

3 commentaires à “Interview Carrière Jamel Boutagra”

  1. Gaétan dit :

    Excellent ! C’est vraiment la période dorée du baseball. Le baseball français se projetait fièrement vers l’avenir. La médaille de bronze de 1999 doit beaucoup à Yoshida. Espérons que l’ère Gagné fasse aussi bien voir mieux pour l’EDF.

  2. Cyprien dit :

    Belle interview, merci !

  3. Fishiguchi dit :

    Un grand merci à Jamel !!! C’est la classe !
    FVS, super taf, bravo !

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