Les Negro leagues (2)

Au tout début du XXe siècle, les ligues noires sont ainsi régionales, peu organisées et chaque équipe disparaît et change de noms au fil des saisons. Puis vint Rube Foster.

Pitcher puissant et truqueur issu des ligues du Texas, Andrew « Rube » Foster voyagea au sein des diverses équipes, rejoignant finalement les Cuban X Giants de Philadelphie en 1903, l’une des meilleures équipes de l’époque. Foster devient l’ace des Cuban X Giants et remporte le trophée de la meilleure équipe black de l’est en gagnant les 4 matchs lancés contre les Phialdelphia Giants, l’autre grande équipe de 1902.

Foster est ainsi une star dans les ligues fédérales, et aurait acquis son surnom de « Rube », du fait d’une victoire en match exhibition contre le grand Rube Waddel des Philadelphia A’s. Il aurait également selon certaines sources également été invité par John Mc Graw à apprendre la screwball à Christy Mathewson. Honus Wagner qui l’avait affronté dans des matchs semi clandestins a déclaré qu’il était l’un des meilleurs lanceurs qu’il avait jamais vu.

Mais c’est surtout en tant que businessman que Foster va marquer l’histoire du baseball noir. Rube Foster comprend très vite que le baseball noir doit s’organiser et devenir un business sérieux pour que les noirs puissent enfin gagner leur place dans la société américaine. il faut que l’argent des spectateurs noirs tombe dans les poches des noirs. C’est le « do it yourself » avant l’heure. Il devient très rapidement le coach des Lelands Giants de Chicago, équipe dans laquelle il jouera également. A cette époque d’ailleurs, tous les coachs des negro leagues jouaient, les équipes n’ayant pas assez d’argent pour payer un gars juste pour rester assis à coacher.

Rube Foster insuffla un vent de professionnalisme dans le baseball black des Giants : fini le chacun pour soi et la pratique des « hobo », soit le stop que faisaient les joueurs sur le toit des camions pour aller de ville en ville. Rube loua des voitures, et pris des billets de trains pour les longs trajets, il imposa également le port de cravates et de chapeaux à ses joueurs. Afin de ressembler à des major leaguers, les joueurs doivent porter une tenue impeccable.

Sur le terrain, Rube Foster imposa une discipline de fer et une nouvelle philosophie du jeu, basée sur la course et le bunt. Le « Bunt and Run » était son arme favorite. Un coureur en 1e base. Dés que le lanceur s’élance, le coureur part en vol, le batteur pose alors un bunt le long de la ligne de 3e base, obligeant le défenseur de l’équipe à descendre. Pendant ce temps, le coureur ne s’arrête pas en deux, et part à fond vers la 3e base. Le défenseur se retrouve soit à jouer la première et abandonner la 3e base, soit doit bloquer le jeu et abandonne l’infield hit. La même tactique était tentée avec un coureur en 2e base.

En 1907, les Leland Giants signent une fiche incroyable de 110 victoires pour seulement 10 défaites. En 1910 les Leland Giants devinrent les Chicago American Giants et Foster obtient le droit de jouer sur le south side park, l’ex terrain des White sox. Les Giants remportent un énorme succès populaire et ont de nombreux fans auprés des populations noires.

Fort de son succès avec les Chicago American Giants, Rube Foster décide d’organiser une véritable ligue professionnelle noire. Conscient que les joueurs noirs sont barrés par le "gentlemen’s agreement "cautionné par le Juge Landis, le commissionner de la MLB, Foster est persuadé qu’il faut créer une troisième ligue pro, à coté de la National league et de l’American league. La Negro league est ainsi crée en octobre 1920 et rassemble 8 clubs : Cuban Stars, Detroit Stars, Chicago American Giants, Chicago Giants, Kansas City Monarchs, Saint Louis Stars, Indianapolis ABC, et les Dayton Marcos. Rube Foster tente d’imposer une charte à tous les dirigeants afin que le business respecte certains principes d’une saine concurrence.

Foster déclara un jour très fièrement à propos de l’innovante Negro league «  We are the ship and all else is the sea », soit « nous sommes un bateau, et tout autour il n’y a que la mer ».

Une ligue noire rivale est rapidement crée, financée cette fois par des investisseurs blancs, la « Eastern colored league » qui rassemble les Hilldale Daisies, les Bacharach Giants d’Atlantic City, les Brooklyn Royal Giants, une nouvelle équipe de Cuban Stars (qui ne jouait qu’à l’extérieur) , les Lincoln Giants de New York, et les Baltimore Black Sox. En 1924 les Harrisburg Giants et les Washington Potomacs les rejoignent, ce qui pousse la ligue à 8 clubs.

A partir de 1924 et jusqu’en 1927, les champions des deux ligues se rencontrent dans des “Colored World series”, joués le plus souvent au Yankee Stadium.

Le jeu en Negro league se distingua des autres ligues par le fait qu’aucune règle n’interdisait un quelconque lancer : c’était donc un « tricky baseball » qui était pratiqué, la spittball était permise comme la Cutball, et les pitchers pouvaient cracher autant qu’ils veulent sur la balle. Le jeu était assez rude, les slides souvent dangereux tels que les catcheurs ne tentaient pas de bloquer les coureurs au marbre.

Toucher le frappeur faisait partie du jeu : les arbitres ne donnaient pas la première base ! C’est pour cela que certains joueurs comme Willie Wells (Saint Louis Stars) se mirent à porter un casque de mineur lorsqu’ils allaient au bâton. Les balles utilisées en championnat étaient plus lourdes que celles utilisées en ligues majeures, qui étaient trop chères pour la ligue. Le match était limité en temps 2 h 50 maximum et les saisons étaient de 120 matchs.

La vie quotidienne des joueurs de la Negro league n’était pas des plus faciles. Les transports se faisaient uniquement par bus, souvent usés, et qui servaient souvent d’hôtel du fait de la ségrégation. Bon nombre de restaurants refusaient en effet de servir les noirs, et les Negro leaguers dormaient dans les gares ou les églises lorsqu’ils jouaient dans les petites villes. Les joueurs conduisaient également le bus lorsque le chauffeur n’en pouvait plus.  Bon nombre de terrains étaient pourris, mais les plus grosses équipes des Negro leagues arrivaient à jouer sur les terrains de la MLB, qu’ils louaient lorsque l’équipe blanche jouait à l’extérieur. Ainsi les Black Yankees jouèrent notamment au Yankee stadium.

Aujourd’hui, le site officiel de la Negro league tente de rassembler les informations sur les stades des negro leagues.

Les statistiques des ligues noires n’ont pas été conservées du fait du peu d’argent consacré, et du peu d’intérêt porté par les lecteurs de la presse noire aux statistiques. Seul comptait le score final. Dans ce championnat certains joueurs acquirent pourtant le rang de stars et ne purent hélas exercer leurs talents dans la MLB, faute à une ségrégation qui va perdurer jusqu’en 1947 : Satchel Paige, Josh Gibson, Cool papa Bell, Buck O Leonard… stars sur lesquelles on reviendra prochainement sur Honus.

Les peintures en illustration sont de Kadir Nelson, auteur d’un livre magnifique sur les Negro leagues : "We are the ship", livre hautement conseillé par Honus.

 

En Bhonus, une video qui rassemble quelques images video rares d’époque

 

A voir également sur Honus : Les origines de la Negro league

 

2 commentaires à “Les Negro leagues (2)”

  1. Kaka Pulco dit :

    Quelle joie ce site !

  2. [...] tout la valeur sportive de ces joueurs bannis des grandes ligues. Il savait que des joueurs comme Rube Foster, ou plus tard Josh Gibson, étaient de véritables phénomènes du [...]