Cool Papa Bell …. plus rapide que l’éclair

Il est temps, pauvres mortels, d’entendre la légende de "Cool Papa Bell" ! Sous ce surnom se cache un incroyable joueur de baseball mais également un homme exemplaire et pourtant peu connu des fans. Encore un joueur qui n’aura jamais pu jouer dans les ligues majeures en raison de la couleur de sa peau. James Bell est né en 1903 dans un petit village du Mississippi et il est devenu sous ce surnom une véritable légende. La difficulté, c’est qu’on ne sait que peu de choses de lui. "Cool Papa Bell" est peut être un véritable mythe des negro league et il est le sujet de plein d’histoires et d’anecdotes tel qu’il est vraiment difficile de trier le vrai du faux…. retour sur un vrai secret des Negro Leagues !

James Bell est ainsi né à Starkville dans le Mississippi en 1903. Il est noir et son destin aurait pu être celui d’un cueilleur de coton, ou peut être d’un musicien de blues s’il avait cédé aux aspirations des mauvais esprits. Mais James Bell était un homme honnête et peu bagarreur. Et il a décidé de battre tout le monde avec ses jambes. Car James Bell courait vite, trés vite.

Il découvre le baseball à son arrivée à Saint Louis et trés rapidement le monde semi pro à l’âge de 17 ans avec le club de Compton Hill. Nous sommes en 1920, les joueurs noirs ne peuvent jouer que dans des équipes "réservés" dans des ligues noires (Negro League). James Bell signe avec ce club en tant que lanceur de Knuckellball. Et trés vite, on le remarque. Il est bon sur le monticule et il est aussi trés fort au bâton. En 1922, il signe pour les Saint Louis Stars de la Negro National League en tant que lanceur. Il n’a peur de rien et reste toujours "Cool" sous la pression. Son coach le surnomme ainsi "Cool" lorsqu’il strike out la star Oscar Charleston en fin de match. Mais alors pourquoi "Cool Papa" ? Les explications sont diverses, certaines disent parce que ca sonnait bien, d’autres parce qu’il était comme un père pour ses coéquipiers…. nul ne le sait au final. C’est là la particularité de Cool Papa Bell, objet de toutes les fantaisies et certainement de toutes les exagérations.  

Cool Papa Bell dans sa jeunesse

Une chose est certaine, c’est qu’il était rapide, et peut être le plus rapide de tous les joueurs de baseball. De nombreux faits de jeu sont rapportés à son sujet, qui semblent incroyables mais vrai. Déjà il est bon lanceur, mais dés 1924, il est tellement bon au bâton qu’on va le faire jouer de plus en plus au champ centre. Et il est un coureur incroyable.

Les lanceurs adverses vont vite comprendre la difficulté. Arrivé en première, il lui arrive de voler la deux et la trois sur la même action ! Cool Papa Bell avait un départ canon tel qu’au moment où la balle était lâchée, il était déjà en deuxième base ! Cool Papa Bell a mis la misère à de nombreuses défenses.

Cool Papa Bell période Grays

Lorsque les équipes noires jouaient contre des équipes blanches, le style de jeu était trés "tricky" et trés agressif de la part des joueurs noirs. Ken Burns dans son documentaire "Baseball" rapporte une anecdote à ce sujet : Cool Papa Bell aurait scoré de la une sur un sacrifice bunt. Cela s’est passé ainsi : sur un bunt posé par le frappeur, Cool Papa Bell a déjà pris la deux, et comme il constate que le 3e base s’est avancé pour jouer le bunt, il part en vol sur la 3. Le catcher le voit partir et part en 3e base pour la protéger. Le première base relaie alors en 3, mais hélas pour eux, Cool Papa Bell slide en 3 et au lieu de s’arrêter prend le marbre ! Le lanceur ne sait plus quoi faire et ne pense pas à couvrir le marbre et le point est donc marqué. Quand on vous parle d’agressivité sur les sentiers ! 

Un jour, Cool Papa Bell a fait le tour du diamant à Chicago en 13,1 secondes. Mais il dit que si le terrain avait été plus sec, il pouvait le faire en 12 secondes ! 

Cool Papa Bell affichait une vitesse de dingue sur les sentiers. Satchel Paige son coéquipier disait de lui qu’il était plus rapide que Jesse Owens. Pour mémoire, Jesse Owens était l’athlète noir le plus rapide de ces années là. En ces années là, Jesse Owens faisait même des courses contre des chevaux sur les sentiers…. non ce n’est pas une blague. Il fallait bien gagner sa vie. Satchel Paige racontait qu’il avait donc eu l’occasion de croiser Cool Papa Bell sur un terrain et qu’il avait toujours refusé de courir contre lui !

Les statistiques sont trés incomplètes, voire totalement lacunaires dans les negro league pour certaines saisons. Mais celles que l’on a retrouvées à son sujet montrent le joueur qu’il pouvait être : il mène les Saint Louis Stars à trois titres en Negro Lague en 1928, 1930 et 1931. Il joue aux Grays en 1932. Joueur all star, il fait partie de la grosse équipe des Pittsburgh Crawfords de 1936, où l’on retrouve 5 futurs joueurs du Hall of Fame (Satchel Paige, Josh Gibson, Oscar Charleston, Judy Johnson, et donc Cool Papa Bell). 

De tous les clubs dans lesquels il joua, il semble certain qu’il ne frappa jamais en dessous de .300 et ce en plus de 20 années de carrière. Il a une moyenne officielle en carrière de .337. Comme tous les joueurs noirs de son époque, il va écumer tous les championnats professionnels au sud des Etats Unis. Il joue notamment au Mexique dés 1938 pour le club de Tampico : il y frappe pour .356. En 1940, il joue pour Veracruz, où il gagne la Triple crown, .437, 12 HR (dont 8 inside the park !), et 79 RBI sur la saison. Il revient jouer dans les ligues noires qui vivent leurs derniers jours dans les années 40 d’avant guerre. A l’âge de 43 ans, il frappe pour les Grays pour une moyenne de .396. Il devient scout pour le club de Baltimore pour quelques années, travaillant à côté en tant que gardien de musée.  

C’est assez tardivement qu’il est reconnu et élu au Hall of fame en 1974 par le Comité spécial des Negro leagues. Il est vrai que les matchs des negro league sont demeurés confidentiels et peu de statistiques ont demeuré de ces championnats. Il ne reste plus que la mémoire de ceux qui ont joué à côté de lui. Il a été ainsi élu par un comité de spécialistes chargés de conserver la mémoire des Negro Leagues.    

Lorsque les journalistes l’interviewent sur l’oubli des statistiques, Cool Papa Bell restait comme son nom l’indique trés cool à ce sujet. Le journaliste lui parle d’un match où il aurait frappé quand même 5 hits et volé 5 bases… "c’est regrettable que le match n’est pas été scoré" lui suggère t’il, attendant une confirmation du joueur. 

Cool Papa Bell répondit alors : " Mais non, le lendemain, j’ai fait pareil, 5 hits et 5 vols, rien de grave".

Lorsqu’on lui disait qu’hélas, il avait joué trop tôt, puisqu’il avait fallu attendre 1947 pour voir un noir jouer en MLB, Cool Papa Bell répondait tranquillement "mais non, je n’ai pas joué trop tôt, ils ont juste ouvert les portes trop tard".

Il est quasi certain que Cool Papa Bell était aussi rapide, voire plus que Lou Brock ou même Rickey Henderson.

De l’avis des plus grands, Satchel Paige le premier disait de lui qu’il était incroyable et l’un des meilleurs joueurs de baseball qu’il ait vu. Il reste pourtant une énigme, tant on ne sait s’il était aussi bon que décrit. Mais certaines des histoires sur lui valent toutes les statistiques. 

Satchel Paige disait de lui qu’il était tellement rapide qu’il pouvait éteindre la lumière et être dans son lit avant que la pièce soit plongée dans l’obscurité !  

("Bell was so fast he could turn off the light and be under the covers before the room got dark")

La meilleure est peut être celle de Satchel Paige qui racontait, "Je lance sur Cool Papa Bell, et là crac, il me frappe une line drive.  J’ai juste le temps de l’éviter, elle me passe à quelques centimètres du visage. Le temps de me retourner, vlan, la balle tape direct dans le cul de Cool Papa Bell qui slidait en deux ! " ! 

("One time he hit a line drive right past my ear. I turned around and saw the ball hit his ass sliding into second.").

Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende disait John Wayne…. 

"Ils disaient que je suis arrivé trop tot. Non ils ont juste ouverts les portes trop tard" 

 

  BHONUS : On discute encore de l’impact de ce joueur sur la course et les défenses 

 

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